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MARCUS GARVEY,
le vrai Portrait
 
Né en 1887 à Sainte Ann's Bay (Jamaïque), Marcus Garvey était imprimeur de son état. Il aurait pu, si telle avait été son ambition, vivre bon an, mal an, de son travail, sans jamais se demander ce qu'il en était de la vie des autres collectivités noires, ici et là, dans le monde. 

Mais leader naturel, il ne pût s'empêcher de chercher à savoir, en vue d'encadrer, d'informer et de former tous les groupes ethniques noirs éparts dans le monde ; afin qu'ils accèdent les uns et les autres à la conscience non seulement de leur identité communautaire singulière, mais aussi à la place qu'ils occupent, précisément, en tant que Nègres, dans le concert des nations. 

Tel a été, très tôt, chez cet homme énergique et volontiers, le sens qu'il a voulu donner à sa vie.  Avide de concret, Garvey avait besoin, pour une élaboration plus efficiente de son approche du monde noir américain dans son ensemble (Sud et Nord) d'un "regard intérieur".  Pour y parvenir et, en réduisant au minimum la contradiction entre la réalité et le rêve ou la connaissance livresque, il va parcourir tous les pays où les siens ont échoué suite à quatre siècles du "commerce du Bois d'ébène". 

D'abord ce sont les Antilles qu'il parcourt; ensuite c'est l'Amérique latine (Sud et Central : Costa-Rica, Nicaragua, Honduras, Colombie et enfin Venezuela) qui retient son attention et où il se rend dès 1 909.

Les conclusions que Garvey tire de ces deux périples, le bilan qu'il en dresse, sont sans appel : partout, le Nègre est marginalisé, maintenu de force au bas de l'échelle sociale de l'humanité, parce que noir. Sans la moindre considération, ni pour ses qualités humaines, ni pour ce qui pourrait être son intelligence ou ses dons. Nulle part, le Nègre ne jouit de la moindre dignité humaine; partout, il est serf, esclave, "peone". 

Et à partir de cette "fatalité", sinon de ce constat permanent jusqu'à l'agressivité par sa répétition du sort du Noir, Garvey s'engage à le relever. 

Et, pour commencer, il entreprend de lui enseigner tout d'abord, l'estime de lui-même qu'il a, bien entendu, perdue dans cette galère économique et son corollaire idéologique de mépris de soi qu'a été de tout temps sa vie; "Tant que la race noire, affirmera-t- il, occupera une place inférieure parmi les races et les nations du monde, celles-ci feront preuve de racisme à son égard."(1) Mais, ajoute-t-i1 aussitôt : "Quand le Noir, de sa propre initiative se haussera de sa condition inférieure au plus haut archétype humain, il pourra enfin cesser de mendier et de supplier, et exiger une place qu'aucun individu, peuple ou nation ne pourra lui refuser"(1).

Bien entendu, ce relèvement des Noirs qu'entreprend ainsi Garvey polarise immédiatement sur sa personne, la haine féroce de tous les négriers "civilisateurs" que sont, en particulier, sur le continent noir : Britaniques, Français et Portugais, vampires insatiables qui sucent goulûment le sang de l'Afrique, c'est-à-dire les richesses naturelles, de leurs colonies respectives.

Loin de se laisser en imposer par cette frayeur des bien-pensants colonialistes, mais frayeur qui se voulait de manière concertée, effrayante, l'homme de foi qu'était Garvey réalisa qu'il avait visé juste : il lui fallait coûte que coûte tenter une grande ouverture de ses activités sur le Continent noir. Et plus ses ennemis en voudront à sa peau pour cela seule, plus il persévéra dans la voie de conscientisation de tous les siens. De partout.

 

En 1914, Garvey, après le Brésil, se rend aux États-Unis d'Amérique, deuxième pays d'adoption du plus grand nombre de ses frères.

Ici, il pense et espère intéresser les "leaders" noirs à son action d'émancipation en faveur des masses.  Arrivé le 23 mars, Garvey y est ébranlé par le degré d'arriération multiforme des "citoyens noirs américains ".

Ici, plus que partout ailleurs, la situation des Noirs est encore plus désespérée que tout ce qu'il avait, au cours de ses précédents déplacements, ici et là.

Violemment heurté mais en homme d'action, il se propose de relever ce nouveau challenge; en organisant, pour ce faire, les Noirs américains autour de sa grande idée de toujours : "L'amélioration de leurs conditions", pour en faire "Un peuple de combattants... pour eux-mêmes"(1).  Et en constantes recherches d'efficacité, Garvey visite trente huit États de la Fédération américaine afin d'avoir une vue exhaustive des conditions de vie de la majorité de la population noire.

Il crée dans la foulée une trentaine de sections de l'Association Universelle pour l'Amélioration de la condition des Noirs (U.N.I.A) dont l'objectif inchangé est de rassembler  "Tous les Noirs du monde au sein d'une grande entité et de créer une nation et un gouvernement qui  1eur soient propres"(1) Et, avec un tel objectif et un slogan mobilisateur : "Un seul Dieu ! Un seul but ! Un seul destin !", les adhésions affluèrent de partout.

Le désespoir ne tarda d'ailleurs pas à fuir le camp des désespérés anté-garvey. En effet, noyautées depuis des lustres par des pantins truculents et autres gugusses, plus préoccupés de complaire à leurs oppresseurs communs qu'à défendre leurs droits et moins encore à leur dessiller les yeux sur la forme spécifique de l'oppression qu'elles subissent, les masses noires n'espéraient plus l'émergence d'un leader confirmé en leur sein. Garvey se révèle, heureusement, être ce rassembleur inspiré, convaincu et convaincant et sur qui, elles reportent désormais tout leur espoir.  Tant, il incarne leurs attentes les plus conformes.

 

Garvey, toujours innovant, va sur sa lancée, doter U.N.I.A d'un journal d'information et de formation, «The Negro World» (Le Monde Noir) que Claude Mc Kay, un esprit supérieur et auteur de "Banjo", ouvrage fondamental sur la vie dans les ghettos, qualifiera de "meilleur hebdomadaire noir de New York" (1). De fait, et dès son premier N°, « Le Monde Noir » affiche ses ambitions : devenir le Trait-d'Union entre tous les Garveyistes. Voué exclusivement à la lutte de la dignité pour / et de tous les Nègres, «The Negro World» sera édité également en espagnol, en portugais et en français, autant de langues coloniales officielles du monde noir soumis, sur les cinq continents. Pour dire que dès le projet initial, Garvey souhaitait qu'il soit accessible à tout le monde noir. 

Ce n'était cependant pas sa seule originalité louable. En effet, bien que paraissant en système économique libéral-concurrentiel où la publicité assure le plus gros revenu des médias, quels qu'ils soient, Garvey, en éducateur exigeant, averti de l'impact idéologique, psychologique et politique des moyens, d'information sur les individus, comme sur les collectivités, refusera ostensiblement toute publicité des « crèmes blanchissantes et autres lotions défrisantes, de rouge à lèvres et de chignons, pour Négresses »(1). Car et, comme il aimait à le rappeler, il voulait «apprendre aux Nègres à reconnaître et à apprécier leur propre beauté naturelle.  Sans fard ni emprunt dégradant »(1)

LA HAINE DES PRÉBENDIERS ET AUTRES NEGRES DE SERVICE

Le succès mondial du garveyisme ne panique pas seulement les seuls colonialistes européens en Afrique, qui y voyaient, à juste titre, la fin inéluctable de leurs intérêts abusifs et illégitimes. 

Par exemple en terre africaine du Bénin, de la Sierra-Leone, du Kenya etc... tout Africain était passible d'emprisonnement et d'amende, s'il était pris en possession d'un exemplaire, de «The Negro World».  Le succès du garveyisme, disons-nous, a affolé tout le monde autant que les responsables de la trop fameuse "bourgeoisie noire", cette prétendue "Élite"(sic) composée de mulâtres bon teint et violemment négrophobes dont le seul titre de gloire se résume en trahison perpétuelle des masses noires.

Transformée allégrement en tubes digestifs par les Blancs, dits "libéraux" et autres "mécènes", le principal rôle de cette "bourgeoisie" aura de tout temps consisté à prêcher la résignation aux Nègres des ghettos. Pour quelques sous que lui assuraient des Blancs, elle s'opposait avant Garvey, à tout mouvement revendicatif des Noirs qu'elle condamnait à l'avilissement dans lequel elle trouvait, bien entendu, son compte personnel. Et, parce que Garvey a mis en mouvement de libération réelle le peuple noir, en lui arrachant ainsi le pain de la bouche, qu'elle va enfourcher ses chevaux de bataille, donner de la voix, comme jamais auparavant, pour que la justice fédérale américaine expulse "le Jamaïcain Garvey, un Noir de pure souche africaine qui se mêle de libérer les Noirs américains"(sic).

Devant ce nouveau complot contre les intérêts économiques et politiques des "citoyens" noirs américains, à travers Garvey, celui-ci, cinglant, déclara : "...Les grands principes et les grands idéaux n'ont as de patrie.  Là où le Noir est concerné, je ne connais pas de frontière.  Tant que l'Afrique ne sera pas libérée, je serai chez moi partout dans le monde" (1).

L'action de mobilisation revendicative des modestes citoyens par Garvey, en raréfiant les Nègres "humbles et soumis"; "bons serviteurs, obéissants et loyaux envers leurs maîtres"(1), la canaille perdait du coup sa source de revenus juteux. D'où sa cabale, pour le faire condamner à cinq ans d'emprisonnement ferme à Atlanta, en 1925; à l'issue desquels, il fut expulsé vers la Jamaïque. 

Mais convaincu de la justesse de sa lutte aux côtés des masses noires et des droits inaliénables de celles-ci, Garvey, avant de s'embarquer, déclara à ses supporters affligés : "Ne vous laissez pas abattre... Le soleil de l'Afrique est en train de se lever, et bientôt, il rayonnera sur le monde.  Tenez bon et allez de l'avant"(1)

Par l'entièreté de son engagement jamais interrompu, en vue de plus de considération pour la communauté noire, par sa lutte incessante de la reconnaissance de la dignité humaine des siens, par le nombre et la qualité de ses disciples (directs ou indirects) que sont les Nkrumah, Malcolm X, Lumumba... qui, dans son sillage politique et idéologique, auront eux aussi, consenti leur sacrifice ultime parce que tel était le prix à payer pour l'autonomie de décision des Nègres, Garvey, au nombre de ses contemporains, se sera élevé au rang du plus grand de sa génération. - Par l'organisation et l'unité culturelle et politique qu'il a initiée pour tous les Nègres au-delà des mers et des continents, par sa lutte incessante de recouvrement de soi dans le sens de laquelle il n'a cessé de convier la communauté noire parce que condition de son renforcement et de sa liberté véritable face à ses ennemis, Garvey, assurément, fut et demeure sinon le plus important, du moins un des leaders naturels le plus éminent du XXème  siècle.-

Par Yoka IMHO pour BLACK MATCH INTERNATIONAL # 12

Marcus Garvey

" ... Nous, les Noirs, nous avons un nouvel idéal.  Bien que notre Dieu n'ait pas de couleur, il est bon, malgré tout, de voir toute chose à travers ses propres lunettes, et puisque les Blancs ont vu leur Dieu à travers des lunettes blanches, nous commençons seulement ( mieux vaut tard que jamais) à voir notre Dieu à travers nos propres lunettes ... »

 

 

Martin Luther King

Il a été le premier homme de couleur de l'histoire des Etats-Unis à mener et à developper un mouvement de masse. Le premier à donner un sens de la dignité de l'histoire à des millions de Noirs - Martin-Luther KING

 

 

Marcus Garvey

"La race noire doit se re-saisir et se reconstruire sa place légitime sous le soleil, si elle ne veut pas disparaître en tant que catégorie autonome et digne de l'espèce humaine"

 

 

Marcus Garvey

"Nous sommes les descendants d'un peuple qui a souffert ; nous sommes les descendants d'un peuple résolu à ne plus souffrir... Si l'Europe est aux Européens, alors l'Afrique doit être à tous les Noirs du Monde..."

 

 

 

(1) Toutes les citations sont extraites de l'Ouvrage fondamental d'Adolph EDWARDS et d'Amy JACQUES-GARVEY, Marcus GARVEY, un homme et sa pensée, merveilleusement traduit de l'anglais par Mme Helen LEE (Éditions Caribéennes-Paris 1983)