La diaspora indienne dans la Caraïbe
Aujourd'hui, dans la Caraïbe méridionale, certaines institutions sociales indiennes traditionnelles ont survécu à l'effet abrasif du déracinement et de la vie dans les plantations, et en même temps se sont adaptées aux nouvelles conditions. Les immigrants indiens et leurs descendants ont essayé de reconstituer l'unité villageoise qui devait servir de base territoriale et de cadre social pour leurs activités économiques et sociales. Partout où ils ont été capables de réinstaller leurs racines et leur base territoriale, comme dans les Guyanes et à Trinidad, ils ont voulu absolument préserver au mieux leurs institutions sociales et culturelles. Parmi toutes les traditions indiennes, les institutions religieuses se sont le mieux conservées et constituent aujourd'hui le tréfonds de l'indianité dans la Caraïbe. Grâce à leur adaptation aux conditions nouvelles, elles ont, par la force des choses, indianisé la population créole par le biais des cultures populaires. L'hindouisme populaire, commun à travers la Caraïbe, de la Jamaïque aux Guyanes, voue un culte à la Déesse-mère sous une forme ou sous une autre, et à un cortège de divinités mineures villageoises. Les deux divinités féminines les plus célèbres sont Mâriamman (ou Marliémin) dans les Antilles Françaises et Kâlimai au Guyana. Elles sont associées au sacrifice animal et fortement ancrées dans la conscience collective des un sens religieux et sociale et culturelle ; elles des fonctions de guérison dans domaine de la médecine psychosomatique. La forme d'hindouisme la plus pratiquée par les Indiens Suriname, de Guyana et de Trinidad est le culte de la "Grande Tradition ". Négligé ou combattu dans le cadre de la plantation, le renouveau de ce culte coïncide avec la renaissance culturelle indienne et la fondation de la communauté villageoise. La religion hindoue conditionne la vie quotidienne des indiens, pénètre leur pensée et dirige leurs actions. Elle est présente dans la vie personnelle, familiale et sociale à travers un nombre impressionnant de cérémonies religieuses dont on peut distinguer plusieurs catégories : - Des fêtes religieuses annuelles célébrées avec plus ou moins de faste en public ; - des cérémonies semi-privées auxquelles prennent part la famille élargie et les amis les plus proches ; - enfin des cérémonies privées étroitement liées aux cérémonies de passage : naissance, mariage, décès. La ferveur religieuse hindoue se manifeste périodiquement dans les fêtes publiques. Certaines d'entre elles, comme la marche sur le feu et le Pongal d'origine tamoule, ont disparu de la Caraïbe depuis la fin du XlXe siècle, contrairement à la diaspora de l'Océan Indien. Aujourd'hui, Diavali et Paghwa sont les plus célèbres. Elles sont proclamées fêtes nationales.
L'hindouisme aux Françaises est caractérisé par un certain nombre de traits spécifiques qui s'expliquent par ses origines mêmes. Nous l'avons dit, ce sont Indiens du Sud, les Tamouls, qui constituaient la grande masse des immigrants qui appartenaient aux basses castes de la société. C'est pourquoi l'hindouisme antillais est une religion populaire qui fait peu mention des dieux les plus vénérés du panthéon hindou. La Trimurti : Brahman , Vishnou, Civa, est peu représentée dans les temples des Antilles Françaises, même si elle peut être évoquée symboliquement. Les textes anciens, védas, upanishads ne semblent avoir qu'une influence limitée, et cela d'autant plus que la plupart des fidèles ignorent les langues indiennes qui aideraient à mieux les comprendre. L'ACMI (l'Association Culturelle Martinique Inde) essaie, depuis 14 ans, de faire en sorte de réparer cette lacune. Patrick SINGAïNY. Dans ANTILLA N°895
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