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 La diaspora indienne dans la Caraïbe

 

La grande communauté du Sud : Suriname, Guyana et Trinidad

Les populations d'origine indienne dans la Caraïbe se sont adaptées de façon très différente à leur environnement nouveau. Plus d'un demi-million d'immigrants indiens ont débarqué dans les colonies européennes de la Caraïbe, entre 1838 et 1917. Aujourd'hui, ils sont plus d'un million deux cent mille, dont neuf sur dix vivent dans les trois grandes communautés du Sud : Trinidad, Guyana, Suriname.

L'abolition de l'esclavage, qui a eu lieu en 1834, en 1848 et en 1863, respectivement dans les colonies britanniques, françaises et néerlandaises, a entraîné un exode massif des travailleurs d'origine africaine hors des plantations et accéléré la crise de l'économie sucrière. Ayant déjà été utilisés avec succès à I'île Maurice et à la Réunion, les travailleurs indiens furent introduits pour la première fois en Guyane britannique en 1838.

Environ neuf immigrants sur dix venaient du Nord de l'Inde, plus particulièrement du centre de la plaine gangétique ; et plusieurs dizaines de milliers de travailleurs étaient originaires de l'Inde méridionale. Dans le premier cas, l'embarquement se faisait à Calcutta : dans le deuxième, à Madras et à Pondichéry , principalement. Dans les colonies britanniques, neuf sur dix venaient du Nord de l'Inde : au Suriname, dans leur totalité. En Guadeloupe, 60% sont venus du Sud, et en Martinique pratiquement tous.

Les immigrants étaient recrutés le plus souvent parmi les déshérités d'origine rurale, victimes de calamités naturelles, de famines, de structures familiales et sociales oppressives, et parfois de mouvements politico-militaires violents.

Alex CATHERINE, chanteur

Aujourd'hui, dans la Caraïbe méridionale, certaines institutions sociales indiennes traditionnelles ont survécu à l'effet abrasif du déracinement et de la vie dans les plantations, et en même temps se sont adaptées aux nouvelles conditions. Les immigrants indiens et leurs descendants ont essayé de reconstituer l'unité villageoise qui devait servir de base territoriale et de cadre social pour leurs activités économiques et sociales. Partout où ils ont été capables de réinstaller leurs racines et leur base territoriale, comme dans les Guyanes et à Trinidad, ils ont voulu absolument préserver au mieux leurs institutions sociales et culturelles.

Parmi toutes les traditions indiennes, les institutions religieuses se sont le mieux conservées et constituent aujourd'hui le tréfonds de l'indianité dans la Caraïbe. Grâce à leur adaptation aux conditions nouvelles, elles ont, par la force des choses, indianisé la population créole par le biais des cultures populaires.

L'hindouisme populaire, commun à travers la Caraïbe, de la Jamaïque aux Guyanes, voue un culte à la Déesse-mère sous une forme ou sous une autre, et à un cortège de divinités mineures villageoises. Les deux divinités féminines les plus célèbres sont Mâriamman (ou Marliémin) dans les Antilles Françaises et Kâlimai au Guyana.

Elles sont associées au sacrifice animal et fortement ancrées dans la conscience collective des un sens religieux et sociale et culturelle ; elles des fonctions de guérison dans domaine de la médecine psychosomatique.

La forme d'hindouisme la plus pratiquée par les Indiens Suriname, de Guyana et de Trinidad est le culte de la "Grande Tradition ". Négligé ou combattu dans le cadre de la plantation, le renouveau de ce culte coïncide avec la renaissance culturelle indienne et la fondation de la communauté villageoise.

La religion hindoue conditionne la vie quotidienne des indiens, pénètre leur pensée et dirige leurs actions. Elle est présente dans la vie personnelle, familiale et sociale à travers un nombre impressionnant de cérémonies religieuses dont on peut distinguer plusieurs catégories :

- Des fêtes religieuses annuelles célébrées avec plus ou moins de faste en public ;

- des cérémonies semi-privées auxquelles prennent part la famille élargie et les amis les plus proches ;

- enfin des cérémonies privées étroitement liées aux cérémonies de passage : naissance, mariage, décès.

La ferveur religieuse hindoue se manifeste périodiquement dans les fêtes publiques. Certaines d'entre elles, comme la marche sur le feu et le Pongal d'origine tamoule, ont disparu de la Caraïbe depuis la fin du XlXe siècle, contrairement à la diaspora de l'Océan Indien. Aujourd'hui, Diavali et Paghwa sont les plus célèbres. Elles sont proclamées fêtes nationales.

 

Les indiens des Antilles françaises

Après un voyage de trois mois, les immigrés atteignaient les Antilles, et après une quarantaine qui permettait d'éviter les épidémies, ils étaient répartis chez les colons engagistes. Plusieurs dizaines de milliers d'Indiens ont fait le voyage.

De 1853 à 1883, 25 509 sont arrivés à la Martinique. En 1900, alors que 11 951 avaient été rapatriés que 5 631 étaient nés dans l'île depuis le début de l'immigration, il n'en restait que 3 764, ce qui montre bien l'importance de la mortalité qui frappait la main d'oeuvre immigrée. En Guadeloupe, sur les 42 326 qui avaient débarqués entre 1854 et 1889, 15 836 survivaient en 1892. Actuellement, on estime le nombre des originaires de la péninsule à 65 000 pour deux départements : soit environ 54 000 pour la Guadeloupe et 11 000 pour la Martinique. Les chiffres sont peu précis, d'une parce que les recensements organisés par la France ne font pas mention de l'origine raciale des individus, d'autre part parce que le métissage intervenu rend particulièrement malaisée toute appréciation dans ce domaine.

Eric DIHAL, Chanteur

L'hindouisme aux Françaises est caractérisé par un certain nombre de traits spécifiques qui s'expliquent par ses origines mêmes. Nous l'avons dit, ce sont Indiens du Sud, les Tamouls, qui constituaient la grande masse des immigrants qui appartenaient aux basses castes de la société. C'est pourquoi l'hindouisme antillais est une religion populaire qui fait peu mention des dieux les plus vénérés du panthéon hindou. La Trimurti :

Brahman , Vishnou, Civa, est peu représentée dans les temples des Antilles Françaises, même si elle peut être évoquée symboliquement.

Les textes anciens, védas, upanishads ne semblent avoir qu'une influence limitée, et cela d'autant plus que la plupart des fidèles ignorent les langues indiennes qui aideraient à mieux les comprendre.

L'ACMI (l'Association Culturelle Martinique Inde) essaie, depuis 14 ans, de faire en sorte de réparer cette lacune.

Patrick SINGAïNY. Dans ANTILLA N°895